Ma vie d’éditrice épisode 9

Cathy livres

Ouh là là, je n’ai rien écrit depuis le 17 septembre, ce n’est pas bien! Mais, avec la parution des deux livres jeunesse, MONSIEUR GERMAIN et CONNAIS-TU NIMBUS LE MOUTON NUAGE?, au début du mois d’octobre, j’ai vécu des semaines intensives, entre la communication, les dédicaces, les salons, les services de presse, la gestion des commandes, etc.

 Il est temps de faire un petit bilan des dernières semaines écoulées.

Fête du livre de Léognan du 13 au 18 novembre.

Le marathon des salons

Pas de secret, pour vendre les livres que l’on édite, lorsque l’on est une toute petite et jeune maison d’édition, il faut s’activer ! Par manque de temps, impossible de démarcher toutes les librairies, et les libraires locaux étant trop peu nombreux à accepter de prendre mes livres en dépôt, ou d’en acheter quelques-uns, et bien le mieux pour aller rencontrer les lecteurs, ce sont les salons du livre. En deux mois, les livres d’Épilobe ont été présentés dans pas moins de six salons régionaux, de Saint-Estèphe à Hendaye, en passant par Buzet-sur-Baïse et Léognan, Bordeaux ou Gradignan. J’aime beaucoup les salons, lieux de rencontres fort intéressantes, avec les lecteurs avant tout, mais aussi avec d’autres éditeurs, des libraires, des auteurs, des imprimeurs, etc.  Le monde des livres en quelque sorte, sorte de microcosme ou tout tourne autour de l’écrit, de l’idée à l’objet.

Priorités

En cette fin d’année, je m’interroge encore et encore sur le devenir de ma petite entreprise, car je me démène comme une belle diablesse pour essayer de vendre mes ouvrages, mais, comme dit mon comptable, « le livre n’est pas un modèle économiquement viable », surtout l’édition telle que je la pratique, où l’aspect financier est considéré bien après l’aspect création. Cela a abouti au fait que j’ai édité mon dernier livre sans avoir l’argent nécessaire, et je dois à présent me dépêcher de vendre suffisamment de livres pour régler la facture de l’imprimeur, qui s’élève à 2 000€. Pour arriver à rassembler cette somme, il faut vendre à peu près 200 livres, ce qui n’est pas rien !

Je ne prendrai plus ce genre de risque, et à présent j’attendrai d’avoir les fonds suffisants avant de réaliser de nouveaux projets. Et si je ne les ai pas, et bien je serai obligée d’arrêter. J’attends le début de l’année 2018 pour prendre une décision…

Humeur (mauvaise ?)

Je lis beaucoup d’articles sur la situation précaire des auteurs et illustrateurs jeunesse, soi-disant « plumés » par les éditeurs, mais cela m’agace un peu, car ne généralisons pas, la précarité n’est pas réservée uniquement aux auteurs et illustrateurs, certains très petits éditeurs sont eux-aussi en grande difficulté financière, notamment les micro maisons d’édition débutantes qui publient des auteurs inconnus, n’ont pas de diffuseur, et cumulent bien souvent leur activité éditoriale avec un ou plusieurs boulots pour pouvoir manger.

Nimbus, personnage du dernier livre édité.

Une maison d’édition, quelle que soit sa taille, une « vraie », qui publie à compte d’éditeur, qui prend donc tous les risques financiers, qui verse des à-valoir corrects, qui fait des tirages d’au moins 500 exemplaires pour donner une chance à chaque livre d’être visible et lu au-delà de l’entourage de l’auteur ou de l’illustrateur, qui fait tout ce qu’elle peut pour assurer la communication, la diffusion, la distribution, qui passe tous les week-end en salons ou dédicaces, avec ou sans ses auteurs, que peut-elle faire de plus?

Ou alors, si l’on veut que toute la chaîne du livre s’y retrouve, depuis l’auteur et l’illustrateur jusqu’au lecteur, en passant par l’éditeur, le diffuseur, le libraire… et bien il n’y a qu’un modèle économiquement viable, celui des grandes et moyennes maisons d’édition, et toutes les autres peuvent mettre la clé sous la porte et aller vendre des boules à neige à l’effigie d’Emmanuel Macron, elles gagneront de l’argent beaucoup plus facilement, et sans se prendre la tête !

Monsieur Germain, pas toujours de bonne humeur…

Au bout d’un an et demi d’existence et quatre livres édités, voici mon constat :
Quand on se lance dans l’édition tout(e) seul(e), sans grands moyens financiers, il faut commencer par la création d’une association, pas d’une entreprise, car entre les charges sociales que l’on doit régler (même si l’on ne se rémunère pas), les frais de gestion comptable, la cotisation foncière des entreprises, etc., les frais fixes sont bien trop importants .
Il vaut donc mieux créer une association , et faire avec ce que l’on a sans (trop) puiser dans ses ressources personnelles, sinon on court au grand galop vers la banqueroute.
Avant la réalisation d’un projet éditorial, il faut être sûr d’avoir le budget suffisant pour le mener à son terme, quitte à revoir le chiffre du tirage. Mieux vaut commencer par un tirage à 200 exemplaires, et en refaire un si le livre se vend bien. Il convient également de proposer un à-valoir à l’auteur que l’on peut assumer, et de définir avec lui les modalités de défraiement en cas de participation à des salons, des animations. Prévoir aussi le coût des marque-pages et de tous les goodies, etc.

L’édition est un métier de création, mais en tant qu’éditeur je m’aperçois au bout d’un an et demi d’existence que l’on doit avant tout être un bon gestionnaire, si l’on ne veut pas se retrouver comme moi à enchaîner les salons et événements pour avoir de quoi honorer ses factures.
Ce qu’il faut, dans ma situation en tout cas (dans laquelle l’édition ne constitue pas le moyen de subsistance), c’est faire aboutir un projet quand on a le financement, et ensuite vendre les livres et attendre d’avoir à nouveau les finances nécessaires pour en faire un autre.

Sinon, on m’a proposé un plan B : trouver un généreux mécène.  Avis aux riches amateurs d’édition de livres illustrés …

BONNES FÊTES DE FIN D’ANNÉE !